Jean-Luc Nancy

17 septembre 2011 § 0 comments

 

« Le corps, l’autre », le 10 février 2011


 

Pour des raisons involontaires, Jean-Luc Nancy n’a pu venir dans la semaine concernée. 

 

 

 

 

Un philosophe multiple et singulier, à l’écoute des mutations contemporaines

 

 

Jean-Luc Nancy est l’un des grands philosophes de notre période ; auteur d’une œuvre considérable, traduite, commentée, débattue, en France et partout ailleurs, lui-même invité dans les plus grandes universités (en Californie ou à Berlin par exemple) il a inscrit dans la pensée contemporaine la singularité de son approche, mais aussi son goût pour le travail collectif. Son écriture commune avec Philippe Lacoue-Labarthe à Strasbourg, ses échanges constants avec Jacques Derrida, marquants avec Maurice Blanchot,  ou les chemins nécessaires qui le mènent hors du champ strictement philosophique, vers les  dessinateurs, photographes, musiciens, chorégraphes, cinéastes, etc. en font un penseur de l’écoute, et de l’avancée parfois sereine, parfois inquiète dans la variété sans mesure des dimensions du sens. Car le sens, selon lui, n’a jamais été perdu : il se dissémine plutôt, il éclate, et se manifeste dans l’existence de chaque être singulier ainsi que dans les liens multiples qui tiennent notre monde comme au-dessus d’un abîme. Le sens ne cesse de se communiquer, d’être à être, ou d’une sphère d’activité à une autre. La grande question de Jean-Luc Nancy est alors celle de l’exposition des êtres sensibles que nous sommes à une existence à la fois singulière et plurielle, faite de dénuement, d’intrusions, de désirs, d’attentes. Cette exposition change aussi de sens, ouvre des horizons que nous saisissons à peine, si bien que la pensée de Jean-Luc Nancy est tournée vers l’avenir, ou plutôt l’à venir.

Ouvrages : voir l’article wikipedia en anglais, reprenant les titres en français.

 

 

« Le corps, l’autre »

 

 

La master class se concentrera sur l’un des thèmes qui parcourent toute l’œuvre de Jean-Luc Nancy : le corps. Le corps n’est pas un objet de la pensée ou de la philosophie comme un autre : il est, comme le dit déjà Descartes dans une lettre célèbre à Elisabeth, l’extension même de l’âme, et donc l’espacement de la pensée. C’est donc avant tout comme corps que le moi s’expose, dans une multiplicité irréductible d’organes et de traits ; et le corps n’est rien sinon cette multiplicité, ouverte sur le monde, sensible, et singulière, dans la mesure même où toutes ses parties sont tenues par ce lien sans lien, invisible et immatériel, qu’est l’âme. Autrement dit, le corps est ce qui fait du moi un autre, y compris pour lui-même. Et c’est pourquoi la différence entre mon corps et celui des autres est du même ordre que celle qui me fait différer de moi-même. Nous vivons donc dans un monde des corps, et nous nous exposons ainsi les uns aux autres, nous ouvrant ainsi aux autres, nous touchant les uns les autres.

Une telle approche s’inscrit dans la philosophie contemporaine et l’éclaire également : au-delà d’un débat sans cesse repris sur la survie ou la mort du « sujet », Nancy montre que le sujet ne peut coïncider avec lui-même, mais s’échappe dans l’évidence opaque de son existence charnelle, c’est-à-dire aussi de sa mortalité. Au cœur des interrogations sur l’éthique, Nancy s’interroge dans un style minutieux, qui ne permet plus de distinguer philosophie et littérature, sur une relation à soi toujours déjà creusée par la relation à l’autre : qui suis-je, et que suis-je devenu, quand, par exemple, une greffe fait que mon cœur n’est plus le mien ? Comment la proximité des autres dans un monde des corps se transforme-t-elle en désir ou en souffrance ?   Et surtout : comment accéder, à chaque fois, en chaque moment, à la singularité des autres, dans une communauté qui doit échapper d’un  côté aux mythes identitaires (indissociables de la croyance en une certaine conformité ou non-conformité des corps) et au dénuement ?

 

Les étudiants d’hypokhâgne, qui ont suivi un cours sur la pensée de l’invité, ont travaillé par groupes en se répartissant quatre ouvrages majeurs et quatre thèmes.

–          La question du sujet contemporain, de l’union de l’âme et du corps, et du sens qu’il y a actuellement à lire Descartes (et à passer du français au latin !) sera l’objet du premier exposé, préparé par les lecteurs d’Ego sum.

–          Le corps apparaîtra dans sa multiplicité interne lors du deuxième exposé, présenté par les lecteurs de L’Intrus. Et déjà, on verra qu’une méditation presque intime sur le corps touche aux problèmes de la protection  immunitaire, de l’oscillation constante entre préservation de soi et accueil de l’autre qui se joue à l’intérieur (toujours ouvert) du corps, y compris politique.

–          Les lecteurs de Corpus se concentreront sur la description du monde des corps, montrant ce qu’est une communauté exposant des êtres à la fois singuliers et pluriels.

–          Enfin, un exposé fondé sur la lecture de Noli me tangere reprendra la question de la relation sensible entre deux corps, mais aussi celle de l’amour et de la mort, en se demandant comment la philosophie contemporaine peut puiser dans ces « autres » que sont la religion et  l’art.

Après chaque exposé, Jean-Luc Nancy interviendra pour aider les étudiants à préciser leur approche et pour les conseiller, adoptant la double position d’un professeur de philosophie approfondissant un thème et d’un auteur faisant partager sa conception singulière du travail de la pensée. Lors de la dernière demi-heure, de 17h à 17h30, Jean-Luc Nancy entrera en discussion directe avec le public présent dans la salle ou assistant à la visioconférence.

 

Programme :

15h-15h15  : introduction de la master class (Jérôme Lèbre).

15h10-15h40 : corps et âme (Ego sum)

15h40-16h05 : corps singulier, corps multiple (L’Intrus)

16h05-16h30 : le monde des corps (Corpus)

16h30-16h55 : les corps en partance ­­(Noli me tangere)

16h55-17h30 : Parole laissée à Jean-Luc Nancy et au public.

 

Visioconférence

 

Classes inscrites : deux Terminales L, Lycée La Ramée, Saint-Quentin (Aisne) ; Terminale L, Lycée Malraux, Montataire ; Terminale L et Classe préparatoire économique et commerciale, 1ère année, Lycée Michelis, Amiens.



Thème sélectionné:

2011 : Jean-Luc Nancy