Série « Revivre ? Après Trump »

21 novembre 2020 § 0 comments

Sur la chaîne YouTube « Philosopher au présent »

1. : Introduction par Jérôme Lèbre

Comment les « intellectuels » américains, philosophes, écrivains, artistes, ont-ils vécu la casse incessante de leur activité et de leur rôle social durant l’ère Trump, ainsi que les effets politiques du trumpisme ? Que signifie au quotidien être en rupture (aussi parce qu’officiellement, on appartient à « l’élite ») avec ce qui se dit et se met en œuvre au sommet de l’État, soutenu pour sa part presque sans failles par la moitié des citoyens ? Que pensent-ils de l’élection de Biden, quels espoirs, mais aussi quelles craintes, les accompagnent, pour eux, pour les États-Unis, pour le monde, dans cette transition ? En bref : Ont-ils des raisons de se sentir revivre ? Le départ de Trump (qui n’est pas prêt à partir) et l’élection de Biden sont-ils suffisants ? Et que peut vouloir dire « revivre » en pleine épidémie de Covid ? Nous introduisons la série avant de laisser la parole aux intervenants américains sous forme d’interventions libres, en français ou en anglais.

2. : Avital Ronell : La fatigue chronique, un symptôme national ?

Après la victoire de Biden, la fatigue l’emporte sur le soulagement : la fatigue face à une bêtise dont on ne se défait pas en un jour, mais sur laquelle on peut travailler. Par Avital Ronell, Philosophe et professeure de littérature comparée à l’Université de New York (NYU), dernier ouvrage paru en français : La plainte (2019).

3. Georges Van Den Abbeele : Trump, Biden, et le retrait du politique

 L’élection présumée de Joseph Biden à la présidence des États-Unis marque un sursis — un sursis important, certes, mais ce n’est qu’un sursis — devant l’avènement possible d’un régime américain pleinement autoritaire. Il n’y aura pas de « retour » à une normalité supposée, et il nous faudrait bien plus que de « l’anti-Trump » pour contrecarrer aux conditions du totalitarisme, y compris le retrait du politique même, dont Hannah Arendt et d’autres nous ont déjà prévenues depuis un moment. Georges Van Den Abbeele est professeur à l’université de Californie, Irvine. Il travaille surtout sur la philosophie française depuis Montaigne à la pensée contemporaine de Lyotard, Nancy, Derrida et Foucault, aussi bien que sur la littérature comparée et la littérature des voyages et des migrations. Parmi ses livres on compte Travel as Metaphor, French Civilization and Its Discontents, and A World of Fables. Il a traduit plusieurs livres de Lyotard en anglais. Il vient de terminer un nouveau livre à paraître, Sense and Singularity: Jean-Luc Nancy and the Poetics of Finitude.

4. Carla Harryman : Good Morning 14/November 13, 202

Vidéo en anglais Composed for Philosophy in the Present, “Good Morning: 14” is the latest in a series of improvised dialogues begun in August 2020. Instigating the improvisation is an altered version of the phrase “Trump floats improbable survival scenarios…,” which was recently circulated widely in news media and tweets. “I’ve been trying to drum up some improbable scenarios that could actually pan out” is a translation that parrots the wish dislodged from its “source.” Carla Harryman is the author of Adorno’s Noise (2008); Sue in Berlin and Sue á Berlin (trans. Sabine Huynh, 2017), A Voice to Perform: One Opera/Two Plays (2020), and many other titles. She currently lives in the Detroit Metro area.

5. Panel : In Medias Res : U.S. Elections and Politics 

In a moment shaped by public health disaster and profound, indeed worsening, economic inequality and racial violence, anthropology continues to show how language is integral to domination. We have been paying attention to what Emily Apter calls the ‘performative incivility’ of the President’s language, and to the forms of posturing, loose talk, bloopers, and skullduggery that mark much hegemonic discourse in the U.S. But inspired by recent protest movements, we are moved to also ask what forms of resistance are articulable/imaginable in linguistic practices today? Whatever the outcome of the election in November 3, language will be a crucial battleground leading up to it. This session will invite panelists to draw on their own research to reflect on hegemonic discourse and instances of its undoing within the context of our present. This conversation organized by the American Anthropological Association took place on Nov 5, 2020. The scholars gathered here include, clockwise from the left, Emily Apter (commentator, NYU), Andrew Brandel (moderator, Harvard), Brandon Terry (commentator, Harvard), David Lebow (commentator, UChicago), Swayam Bagaria (moderator, UVA), Shalini Shanker (commentator, Northwestern). The channel thanks Naveeda Khan, Emily Apter and the American Anthropological Association for this video. Direct and amplified version of the panel: https://www.youtube.com/watch?v=rEatSo33k1Q&feature=youtu.be&ab_channel=AmericanAnthropologicalAssociation.

6. « Plan B » par Barrett Watten

A present to the Channel from Barrett Watten : the great poet from Detroit introduces, reads and comments today « Plan B », a poem written four years ago, as Trump was just elected. « Plan B » was published in the American journal *Lana Turner* (http://bit.ly/36NTliW), where also appears an earlier poem on the American elections, « Blue States » (http://bit.ly/2EFnlSe). The poem has been translated into French by Abigail Lang and German by Franziska Ruprecht; it has been performed with Lang in Paris, with Ruprecht in Munich, and with poet Ulf Stolterfoht in Berlin; and it was read to an audience in St. Petersburg in December 2016. Barrett Watten is the author of *Frame (1971–1990)*, *Bad History*, and *Progress/Under Erasure*. His writings on poetics appear in *Total Syntax*, *The Constructivist Moment*, and *Questions of Poetics*. He lives and works in Detroit.

à suivre…

Série « philosopher en temps d’épidémie »

 

Série « Philosopher en temps d’épidémie »

21 novembre 2020 § 0 comments

Sur la chaîne YouTube « Philosopher au présent »

1. Jérôme Lèbre, Bande annonce  

Quels seront les effets du coronavirus sur ces deux grands corps collectifs que sont le corps politique et le corps médical ? Qu’en est-il de nous, face à cette menace indéterminée, qui peut être mortelle ? Comment allons-nous vivre immobile ? Pouvons-nous, dans l’isolement, inventer de nouvelles formes de communauté ? Devons-nous faire confiance à la technique, si critiquée pour des raisons écologiques, pour maintenir nos liens affectifs et sociaux ? Nous répondrons progressivement et collectivement, grâce au corps disséminé des philosophes !

2. Jérôme Lèbre : Nous ne sommes pas en guerre, nous sommes en lutte

En répétant « nous sommes en guerre », Macron s’est inscrit dans une vaste répétition qui a mené des guerres déclarées à d’autres Etats souverains jusqu’aux guerres sans ennemi étatique, aux guerres en temps de paix: guerre contre le terrorisme, et maintenant guerre contre un virus, qui se déclare certes, mais ne s’adresse et ne répond à personne. Ainsi se prépare la concentration des pouvoirs, l’appel à l’ordre, la fermeture des frontières. Or la confrontation au virus devrait se nommer lutte, ce qui implique une tout autre perspective, à la fois sur le rôle de la science et sur notre rôle.

3. Jean-Luc Nancy : Un trop humain virus (A Much Too Human Virus – English subtitles)

Premier invité de notre chaîne « Philosopher en temps d’épidémie », Jean-Luc Nancy nous offre un texte magnifique sur l’inscription de l’épidémie dans une époque de mutation de la société, laquelle révèle de mieux en mieux que l’humain n’est ni surhumain ni transhumain. Cette intervention s’écarte implicitement mais franchement de l’interprétation « politisante » de l’épidémie par le philosophe italien Giorgio Agamben.

3.bis : Traduction en chinois Jean-Luc Nancy, « Un virus trop humain » : 「一种太任性的病毒」被邀人让-吕克·南希,译者不不,校稿灵川。

4. Michel Deguy : lecture de « Coronation »

Michel Deguy lit pour nous son poème « Coronation », paru dans la revue Po&sie, et dont le titre apparaissait dans le texte offert à la chaîne par Jean-Luc Nancy, « Un virus trop humain ». Le poète philosophe livrera ici même une continuation en prose ; entre-temps, comme ensuite, ce jeu d’échos se poursuivra, d’intérieur en intérieur, de vidéo en vidéo, en réponse au vers : « nos confins débordent le confinement ».

4.bis: Traduction en japonais: Michel Deguy, Coronation 「コロナ化」ミシェル・ドゥギー 

5. Jérôme Lèbre : Pour une décoronalisation

En guise de remerciements aux 8000 visiteurs de la chaîne « Philosopher en temps d’épidémie » et aux 400 abonnés en deux jours… « Coronation », mot transporté en français par Michel Deguy, existe en anglais… « Décoronalisation » est un mot qui n’existe nulle part, mais indique l’endiguement (politique) de l’épidémie, le travail des corps et de la médecine luttant contre le coronavirus, et tout autant un processus en lien avec la décolonisation (évoquée au début du texte de Jean-Luc Nancy, premier invité de cette chaîne). Comme cette dernière, la décoronalisation trouve son lieu dans la lutte, les décisions officielles, mais aussi dans les esprits, les corps, les cœurs. Elle commence en même temps que la pandémie et prend une autre voie, celle de la libération. C’est un drôle de mot pour décrire, entre bien d’autres efforts, le commencement et le projet de « Philosopher en temps d’épidémie ».

6. Coralie Camilli : L’attente, l’espérance et le désespoir : une expérience du temps

Nous sommes dans l’attente : une expérience du temps que la philosophie juive entend comme structure ; soit l’événement espéré à chaque instant restaure, restitue, soit il instaure une nouvelle réalité historique… Une très belle interprétation de notre présent offerte à notre chaîne par Coralie Camilli.

7. Michel Deguy : Tout le monde ne peut pas faire comme tout le monde

Après sa lecture du poème « Coronation », Michel Deguy nous offre une réflexion en prose sur le vivre en commun à l’échelle du monde en temps de pandémie.

8. Maud Meyzaud (Allemagne) : Le confinement national – une comparaison franco-allemande 

Maud Meyzaud, philosophe française vivant en Allemagne, livre une comparaison philosophique percutante des allocutions d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel face à la crise sanitaire.

9. Jean-Clet Martin : « Vivre après ? »

Nous ne pouvons ni émigrer sur Mars ni muter sur Terre. Il nous faut bien penser en confinement, placés aux confins du monde comme nous le propose la science-fiction, finalement très réelle. Confinés, nous le sommes non seulement par la diffusion d’une maladie mais par les limites d’une Terre qui s’essouffle et nous oblige à repenser l’Ethos comme Ethologie, une éthique pour nos modes d’existence.

10. Jérôme Lèbre : Que savons-nous de l’immobilité ? Savons-nous au moins la vivre ?

Demandons-nous, en cette période d’accélération de la diffusion du coronavirus et de confinement contraint des populations, quel est notre savoir et notre expérience de l’immobilité… en la distinguant bien du désir de ralentissement qui semblait tant nous obséder il y a quelques jours. Réactualisation d’un ouvrage paru il y a deux ans, Eloge de l’immobilité.

11. Laurent de Sutter (Belgique) : Logistique des pandémies

L’expérience du virus semble être l’expérience du radicalement autre. Et si ce n’était pas le cas ? Et si l’expérience des pandémies était l’expérience d’une relation plus fondamentale à ce qu’est un monde ?

12. Marcia Cavalcante Schuback (Suède, Brésil) : L’ isolement du monde

Penser en temps de pandémie, c’ est penser en temps d’isolement, non seulement vis-à-vis des autres mais du monde. Mais que veut dire s’isoler chez soi, dans l’isolement du monde ? Comment la pandémie donne-t-elle à penser plusieurs sens de la vulnérabilité, comme de la demande de lieu ?

13. Andrea Potestà (Chili) : Politiques des catastrophes » (subtitulos en español)

Une réflexion critique autour de l’actualité, qui met l’accent sur l’usage politique des catastrophes et des psychoses collectives qui en dérivent. Quand la catastrophe perd son caractère d’exceptionnalité et de discontinuité historique, on court le risque d’un langage politique uniquement préoccupé par la défense économique du donné et la protection conservatrice de la vie.

14. Gérard Bensussan : L’événement détermine le programme

Choses vues, ou lues, en temps de confinement: de la frontière, de la peur et du ricanement du « dernier homme »

15. Alexis Cukier: Capitalisme, vie et mort à l’heure du Coronavirus

La crise en cours – qui est sanitaire mais aussi écologique, sociale, économique et politique – rend visible la puissance mortifère du capitalisme, accélère sa tendance vers l’écofascisme, et nous place, d’ores et déjà, devant cette alternative : travailler à en mourir ou travailler pour la vie ?

16. Juan Manuel Garrido (Chili) : Le politique face à la pandémie (English subtitles).

L’expérience du COVID nous permet de poser la question du sens et des limites du politique. D’une part, cette expérience semble renvoyer à la scène primaire de la conceptualisation traditionnelle du politique: l’auto-identification d’un groupe au moyen de l’identification d’un élément qui reste étranger à ce groupe. Or, l’étranger que nous identifions est indissociable du dispositif techno-économique qui rend possible aujourd’hui notre vie elle-même sur la planète. Le politique se voit ainsi, d’autre part, continuellement dépassé par le mouvement d’autoproduction de la vie humaine – mouvement qui produit, simultanément, les modalités de son autodestruction. Est-il possible de donner un sens au politique qui ne se réduise pas au projet de gérer ce mouvement? En tout cas, un projet politique ignorant ses limites reste sans doute condamner à l’insignifiance.

17. Frédéric Neyrat (Etats-Unis) : Commune absence

En réduisant tout au même, et à la mort, en fabriquant une sorte de wilderness 2.0 dépouillée d’humains, le coronavirus COVID-19 rend manifeste ce qui nous manque: un communisme de la distance qui saurait convertir notre commune absence au monde.

18. Avital Ronell (USA – F) : Salut, hello (testing 1, 2, 3)

La philosophe américaine Avital Ronell nous livre un magnifique salut, à la fin impressionnante… Plus précisément elle explore l’événement même du « salut » face à la maladie, un motif qui court de Hölderlin à Jean-Luc Nancy: cette structure qui s’impose, à distance de la vérité, en passant par la technologie du test et les rumeurs, change la signification du corps politique.

19. Nami Başer (Turquie) : Peut-on « confiner » activement ?

Condillac est le premier à employer transitivement le verbe confiner. Nous pourrons jouir de notre finitude dans les confins de notre rencontre avec le virus, masque de la mort dans l’actualité.

20. Jérôme Lèbre : Vitesse et invisibilité de « l’ennemi »

Que l’ennemi soit invisible, ce n’est pas nouveau. Et aucun mode de vision ou de télévision ne peut compenser ce fait, toujours lié à la vitesse des attaques. Mais ici seul ce que l’on voit le moins, une recherche à long terme, le fonctionnement quotidien de l’hôpital, la vigilance démocratique d’un peuple qui ne se montre pas, est à la mesure d’un virus qui est plutôt de l’ordre de l’adversité.

21. Cory Stockwell (Canada) à partir de 19h le 05 avril : Il n’y a rien de nouveau dans le coronavirus (English subtitles)

On dit qu’avec le coronavirus, le monde a changé, mais ce n’est pas le cas, au point qu’on n’attend qu’un retour à la normale. Mais il se peut qu’on se trompe en cherchant un nouveau monde, au lieu d’insister sur ce monde-ci. Cette intervention propose, à travers une réflexion sur Blanchot et Sebald, de chercher des ressources pour la création, non pas en sortant du désastre où nous nous trouvons, mais en le fragmentant, en l’ouvrant à lui-même.

 22. Invité, Jörn Etzold (Allemagne) : Peut-on mourir de mort naturelle ?

La crise actuelle rend manifeste le rapport que nos sociétés entretiennent avec la mort et avec ce simple fait que nous sommes tous mortels. Jörn Etzold examine les rapports entre la maladie et la mort à partir de deux tragédies de Sophocle, Œdipe Roi et Antigone, et de leurs lectures par Friedrich Hölderlin et Jacques Lacan. Le texte en français à été révisé par Maud Meyzaud.

23. Invité, Jean-Luc Nancy : Le mal, la puissance

 Jean-Luc Nancy, après « Un Virus trop humain », nous offre une seconde lecture inédite, allant de l’état du monde révélé par l’épidémie due au Coronavirus à une pensée du mal : entre maladie, malheur et malfaisance… et jusqu’à la capacité d’autodestruction de tout ce que nous avons nommé « bien ». Quelle issue dès lors ? Sans doute pas dans un discours de la puissance…

24. Invité, Patrick Llored : Un aveuglement collectif

La pandémie actuelle, nous dit Patrick Llored, est le tragique et historique résultat d’un aveuglement collectif qui a touché les institutions et l’État en particulier. Celui-ci savait et n’a pas agi ! Philosopher c’est dès lors tenter de comprendre l’abîme entre le savoir et la décision. Autrement dit, la bêtise du souverain.

25. Invité Lao Vanglao, trois fonnkèr : Au nom du NOM, Kovidazé (Épigrammé) et Konfiné (Confiné)

Pour la 25ème Vidéo de la chaîne, Lao Vanglao lit sur une musique originale de Farid Aubras, en créole réunionnais et en français, trois fonnkèr qu’il vient de composer. Une nouvelle perle après le poème de Michel Deguy (Coronation).

26. Invitée, Danielle Cohen-Levinas : Le déshumanisme

« Faire face » à la pandémie est depuis plusieurs semaines le mot d’ordre auquel nous sommes tenus. Ce « faire face » s’oppose en tout point au face-à-face éthique que l’humanité de l’homme appelait de ses voeux. Ne sommes nous pas en train d’assister à la naissance d’un déshumanisme qui décline une logique politico-médicale implacable, dont les maîtres mots, tels que « confinement » ou «gestes barrières », seraient les symptômes face auxquels pour l’heure nous sommes sans réponse ?

27. Invité Alexander García Düttmann (Allemagne) : Lettre à Oliver

« Rien dans les dernières semaines ne m’a autant frappé que l’interminable défilé ou parade des scientifiques, experts, chercheurs et médecins, des universitaires, artistes et hommes politiques, des sociologues, philosophes, politologues, historiens et acteurs culturels. Tous savent quelque chose sur la signification de cette pandémie et de ses effets. Elle doit annoncer la fin du capitalisme, elle fait surgir une nouvelle solidarité sociale, elle ratifie l’état d’exception universel qui réduit la vie à une vie nue. Tout se passe comme si ce cortège des esprits s’était mis en mouvement avant même qu’on puisse parler d’une épidémie, voire d’une pandémie. »

28. Invité, François-David Sebbah : Dans la catastrophe douce, les textes de philosophie

Quasiment en même temps qu’Alexander García Düttmann, mais en prenant une voie différente, François-David Sebbah s’interroge sur la légitimité des discours en temps d’épidémie : il fallait que cette chaîne se pose ainsi la question de sa propre légitimité ! Son approche se déroule en deux épisodes: (I) Nous vivons à certains égards ce qu’on pourrait nommer une « catastrophe douce » dont l’un des effets de bord les plus frappants est qu’elle s’accompagne, de manière strictement simultanée, de l’inflation de son commentaire : commentaires de tous ordres, dont des commentaires « philosophiques ». (II) Question naïve : parmi toutes ces paroles et tous ces textes (« philosophiques »), comment s’y retrouver ? Comment caractériser ce qui compte ?

29. Invité, Tomás Maia (Portugal): Le commun des mortels – penser la quarantaine mondiale

L’humanité est la communauté qui partage la mortalité. C’est la communauté sans immunité (totale) : la com-munauté ! Mais justement : le fantôme de la co- immunité absolue empêche l’institution de la communauté politique; il constitue, probablement, le mal collectif de l’Occident.

30. Invité, Norman Ajari (Etats-Unis) : Comorbidité

Les Noirs, et plus particulièrement les hommes noirs, sont les principales victimes de l’épidémie de COVD-19 aux États-Unis. Selon le Dr. Anthony Fauci, une tendance à la comorbidité en serait responsable. C’est exact; mais ce qui est en jeu n’est pas seulement la présence d’affections médicales antérieures: c’est la mort sociale qui nécrose la vie des hommes noirs depuis la traite transatlantique.

30 bis. Guest, Norman Ajari (USA) : Comorbidity (vidéo disponible également en français sur la chaîne)

Black people, and especially Black males, are the main victims of the COVD-19 epidemic in the United States. According to Dr. Anthony Fauci, a tendency towards comorbidity is to blame. But what defines this state of comorbidity is not only the presence of preexisting medical conditions: it is a social death that structurally necroses Black male life, dating back at least the Atlantic slave trade.

31. Invitée, Silvia Dadà (Italie) : La captivité

Le sentiment de malaise que nous ressentons dans ces jours de confinement, donc d »inactivité et d’éloignement social, montre que nous ne sommes que d’une manière paradoxale dans un moment « historique ». Levinas, dans ses Carnets de captivité, avait souligné cet écart vis-à-vis de l’histoire, mais aussi la proximité entre cette situation et l’accès à la transcendance d’autrui. Une très belle lecture de notre période par Silvia Dadà.

32. Invité Lucrèce (Rome ): « Maintenant je vous dirai la cause de l’épidémie »

Traduction en français par José Kany-Turpin

33. Invité, Tacettin Ertuğrul (Turquie) : La pandémie, la vie et les télé-technologies

La pandémie nous a montré encore une fois que le monde était si fragile… La vie humaine reste toujours ouverte aux nouvelles médiations, mais à la destruction aussi. Elle peut être dite « pharmacographique ». Ce serait cela, la vie d’un vivant singulier : l’écriture comme ouverture à l’autre, et donc l’inscription de la survie. Ainsi, malgré le confinement, l’autre est ‘chez nous’ grâce aux télé-technologies.

34. Invité, Jean-Claude Monod : Trois paradigmes d’état d’urgence sanitaire

L’actuel état d’urgence sanitaire est exceptionnel mais il n’est pas tout à fait inédit. Les mesures mises en oeuvre rappellent, dans leurs variantes, deux grands paradigmes de ‘plans d’urgence’ mis en place dès le Moyen Âge pour faire face, respectivement, aux épidémies de peste et de lèpre. Mais ces analogies ont leurs limites, et le paradigme nouveau qui se construit prend place dans des coordonnées démocratiques qui imposent leurs propres exigences.

35. Invité, Aurélien Barrau : Jean Genet – le condamné amour

Pour penser en tant de confinement, une infime balade avec l’un des poètes les plus séditieux de l’histoire contemporaine qui, précisément, écrivit essentiellement en prison.

36. Guest / Invité, Shaj Mohan (Inde) : The Crown of the Stasis / La Couronne de la stasis (sous-titres)

Vidéo en anglais sous-titrée en français, traduction Sarah Grèzes – Besset

Health is concerned with the whole and in this sense it used to be called Holy. When something is incapable of being whole we say that it is sick, or that there is stasis. Anastasis is the power to overcome stasis.

La santé concerne la totalité (whole), et en ce sens peut être dit sacrée ou sainte (holy). Quand quelque chose échoue à former un tout on peut le dire malade, ou voir là cette forme de blocage qui se nomme stasis. L’anastasis est la capacité à dépasser cette stasis.

37. Jérôme Lèbre : Le confinement peut-il tuer la grève ?

Le blocage que nous vivons, accompagné du surmenage de certaines professions, laisse-t-il une chance aux grèves présentes et futures ? Que devriendra la grève, donc encore l’arrêt, au moment de la « reprise » ?

38. Invité, Jean-Luc Nancy: Une question de liberté

Une jeune femme a subi quatre heures de garde à vue le mercredi 22 avril pour l’affichage d’une banderole portant le slogan « Macronavirus, à quand la fin »: un acte policier injustifié, minable même, exigeant une mise au point sur la liberté en temps d’épidémie et au-delà.

39. Invitée, Safaa Fathy (Egypte, France): Souffler un autre esprit / Breathe another spirit (subtitles)

Habeas corpus est un droit fondamental qui régit le confinement et garantit la souveraineté de soi sur son propre corps. Ce droit dans l’exceptionnalité de ce moment est suspendu d’une façon inédite. Trop d’immunité se transforme en auto-immunité mortifère et sacrificiel.

Habeas corpus is a basic right governing confinement and guaranteeing to each sovereignty over their own body. This right is suspended in an unprecedented manner in the exceptionality of this moment. Too much immunity is transformed into deadly, sacrificial autoimmunity.

40. Invité, Rodophe Burger : « Bleu de Chine »

Rodolphe Burger nous offre un titre inédit, qui continue le trajet du poème « Coronation » à travers cette chaîne: cité par Jean-Luc Nancy (vidéo 3) puis lu par son auteur Michel Deguy, (vidéo 5) il se loge maintenant dans une reprise du « Déluge » de Kat Onoma. musique: Burger/Calpini d’après « Le Déluge (d’après moi) » de Kat Onoma (texte de Pierre Alferi, 1996) avec un extrait de Coronation de Michel Deguy (mars 2020) son et image: Léo Spiritof Enregistré au studio Klein Leberau.

41. Invité, Alfonso Cariolato (Italie) : Privation des corps

L’épidémie produit une complication et, en même temps, une réduction de la réalité. Le monde se divise en nouvelles oppositions qui affectent profondément nos vies. Au niveau mondial, le coronavirus rend encore plus difficile une situation déjà, à certains égards, dangereusement instable. Dans tout cela, nos corps – contraints à des séparations et des distances rigides – s’éloignent les uns des autres, perdant l’imminence d’un contact sans protection. L’épidémie montre de manière dramatique que les corps échappent à toute prise et sont toujours ailleurs.

42. Invitée, María del Rosario Acosta (Etats-Unis) : Nous toucher par la voix – Tocarnos con la voz

Traduction Lucia Touati (activer les sous-titres) : La seule chose qui soit certaine dans l’incertitude que la pandémie amène, c’est que désormais nous ne vivrons plus notre corps de la même manière. De tous nos sens, il semble que la voix soit ce qui mette le plus puissamment en présence, au milieu de l’isolement, ceux que nous ne pouvons pas toucher. Que signifie le fait que ce soit l’écoute qui guide la façon que nous avons de nous toucher ? Quel être en commun peut être pensé à partir des grammaires de la résonance ?

Quizás lo único certero en medio de la incertidumbre que nos trae la pandemia es que en adelante no experimentaremos nuestros cuerpos de la misma manera. De todos nuestros sentidos, pareciera que la voz fuese aquello que más poderosamente trae a la presencia, en medio del aislamiento, a quienes no podemos tocar. Qué significa que sea la escucha la que oriente el modo de tocarnos? Qué ser en común puede ser pensado a partir de las gramáticas de la resonancia?

43. Boccace, lu par Alessandra Salvini : « Naquirent diverses peurs et imaginations parmi les survivants »

Prologue du Décaméron et premier moment d’une trilogie florentine qui sera dispersée sur la chaîne, avec cette fois-ci la voix d’Alessandra Salvini.

44. Invité, Juan Carlos Moreno Romo (Mexique) : Le spectre d’un virus

Le virus, on ne le voit pas, et pourtant on fait —ou on doit faire, du moins, par un fort pressant et même très mimétique (voire, dans certains cas : très autoritaire) « principe de précaution »— comme s’il était partout.

45. Invitée, Alice Pechriggl (Autriche) : Dénégation et agir d’exception

La crise pandémique et le choc angoissant qu’elle déclenche suscitent des réactions affectives et des modes de penser, voire de nier spécifiques qu’une réflexion sur les différents modes d’agir permet d’élucider – aussi dans leur dimension politique.

46. Machiavel, lu par Federico Ferrari : Description de la peste de Florence (1527)

Après Boccace, le deuxième élément d’une trilogie florentine, avec la voix de Federico Ferrari. La mise en ligne de cette vidéo est accompagnée le même jour d’une comparaison entre peste noire et coronavirus par Donald Vance Smith.

47. Invité, Donald Vance Smith (Etats-Unis) : La pandémie, la peste noire, l’espace de panique

Comme la peste noire, l’actuelle pandémie a modifié notre rapport à l’espace : mnémonique, intime, social. La peste noire a donné naissance à la notion d’archives, à l’occupation publique de l’espace par les morts : l’espace comme perte de relation. La représentation après une pandémie consiste à reprendre une relation avec la relation.

47.bis Guest, Donald Vance Smith (USA) : Pandemic, the Black Death, and Panic Space

(Version française disponible) As with the Black Death, this pandemic has altered our relation to space: mnemonic, intimate, social. The Black Death resulted in the notion of the archive, the public occupation of space by the dead: space as the loss of relation. Representation after pandemic consists in taking up a relation with the relation.

48. Jérôme Lèbre : Rester chez soi, en sortir : de l’épuisement d’un lieu à l’exigence de liberté

Rester chez soi s’avère une expérience pauvre ; comment en sort-on ? La mise en mouvement suffit-elle ? Sans doute pas : il faut s’apprêter à vraiment occuper le dehors, en exigeant qu’il soit reconfiguré en fonction de nos efforts pour lutter contre l’épidémie et de nos droits, afin que le déconfinement ne soit pas, comme l’a été en partie le confinement, capté par des puissances économiques ou souveraines.

49. Invité, Irving Goh (Singapour – Etats-Unis) : « Imaginez une pause dans l’activité de philosopher »

Dans cette intervention, je propose une pause dans l’acte de philosopher tant qu’il y a un moratoire sur presque toutes les autres activités humaines à cause de l’épidémie. Et se verrait peut-être, dans le sillage de cette pause, des formes de philosopher qui n’auraient rien à voir avec les humains.

50. La cinquantième, vidéo collective :  où est l’urgence (1) ?

 Une vingtaine de philosophes de différents pays et continents, prévenu.e.s deux jours à l’avance, sont mis.e.s au défi d’exprimer, en deux minutes chacun.e, « où est l’urgence ». C’est aussi une manière de mettre en acte  la désynchronisation entre le rythme de la philosophie et celui de Youtube, préalablement soulignée par plusieurs interventions de la chaîne. Cette vidéo 50, diffusée le 11 mai, entend tout autant s’inscrire dans une temporalité qui dépasse la « date » du déconfinement, comme dans un espace plus étendu que la France ou l’Europe, ou à l’inverse plus local. Un essai de contribution au vaste effort collectif qui nous attend pour que la fameuse « reprise » ne soit pas qu’une répétition.

51. Où  est l’urgence (2) ?

52. Où  est l’urgence (3) ?

53. John Paul Ricco (Canada) : Impuissance et résistance – Impotentiality and Resistance

Traduction Sarah Grèzes-Besset. En reprenant la définition de l’impuissance selon Giorgio Agamben, qui en fait le pouvoir le plus propre de l’humain, je soutiens dans cette brève présentation qu’à l’époque de la pandémie due au COVID-19, la résistance à la logique politico-économique du néolibéralisme et aux effets biopolitiques de la vie nue réside dans notre puissance à ne pas-faire et à ne pas-être : celle-ci consiste à vivre selon des modes qui affirment la singularité de notre existence ; elle est aussi ce que nous avons en commun et partageons : le fait que chacun est autre qu’un simple sujet productif. Drawing from Giorgio Agamben’s identification of impotentiality as the most proper power of the human, in this short presentation I argue that in the time of the COVID-19 pandemic, resistance to the political-economic logic of neoliberalism and to the bio-political effects of bare life, lies in our potential to not-do and not-be. That is, to live in ways that affirm the in-appropriable singularity of our existence, and a commonality shared by each of us, to be some-one other than simply a productive subject.

54. F. R. Recchia Luciani : Dématérialiser la révolution ? – Dematerializzare la rivoluzione ? 

Le corps, arrimé à sa « fatalité biologique », est-il encore un corps socialisé et politique ? La distanciation sociale aggrave les inégalités entre classes sociales, risque de constituer une nouvelle classe d' »intouchables » touchés seulement par la misère, impose la logique exclusive et impitoyable de la survie entendue tant au sens physique et biologique, mais aussi en tant que survie sociale et économique : nous forcera-t-elle donc à dématérialiser la révolution ? Traduction Sara Garbagnoli Il corpo confinato e inchiodato alla sua “fatalità biologica” è ancora un corpo socializzato e politico? Il distanziamento sociale nella misura in cui corrisponde ad un crescente distanziamento di classe che va a costituire confiné una nuova classe di “intoccabili” toccati solo dalla miseria, imponendo come unica logica quella spietata della sopravvivenza intesa sia in senso fisico e biologico, ma anche come sopravvivenza sociale ed economica, ci costringerà a dematerializzare la rivoluzione ?

55. Ramanujam Sooriamoorthy (Maurice) : Une voix venue de Maurice

Rappeler que le lointain doit être toujours plus proche que le plus proche, non sans se rappeler que le plus proche est encore plus lointain que le plus lointain, c’est probablement la tâche, d’autant plus nécessaire qu’impossible, de toute parole philosophique, « (s)on plaisir, (s)a torture », c’est aussi ce que nous avons, sans même nous en rendre compte, essayé d’entreprendre ici ; peut-être.

56. Alessandro Manzoni (Italie), lu par Mariantonia Lo Prete : La peste à Florence en 1630

Troisième moment de la trilogie florentine de la chaîne, après Boccace et Machiavel.

57. Soumaya Mestiri (Tunisie) : La condition anomale – repenser la norme en temps de pandémie

L’ épisode Covid-19 est une occasion de repenser la norme à nouveaux frais, dans un perspective post-canguilhemienne. Il s’agit notamment de s’interroger sur la pertinence qu’il y a aujourd’hui à réfléchir en termes de normal et de pathologique à l’heure où le coronavirus fait de nous non des anormaux, mais des anomaux.

58. Jacob Rogozinski : Une expérience de la réversibilité

« J’essaye de réfléchir sur les transformations que l’épidémie provoque dans la rencontre des autres, marquée -même après la fin du confinement- par l’ambivalence du hostis, de l’hôte que je pourrais accueillir et qui est aussi vécu comme hostile dans la mesure où il porte la menace de la contagion. Il me semble que cela entraîne une expérience de la réversibilité, à la fois éthique, politique et peut-être ontologique, qui prend à revers nos certitudes immédiates et nos fantasmes les plus originaires. En effet, ce n’est plus seulement l’autre, l’étranger, qui m’apparaît comme une menace, mais moi-même qui devient une menace pour l’autre et aussi pour moi-même, à travers la dimension auto-immunitaire de cette maladie. Ce qui nous amène à nous interroger sur le fantasme du corps sans organes, sur l’échec des défenses qu’une souveraineté menacée érige contre son dehors et sur la possibilité de micro-frontières « intelligentes » qui ne se fonderaient plus seulement sur un fantasme. »

59. Maria João Cantinho (Portugal) : L’Europe est-elle préparée pour l’autre catastrophe ?

« Je réfléchis ici sur le droit d’exception dans une société démocratique et sur le danger de l’exception dans les sociétés caractérisées par une démocratie instable. Quel est le lieu de la philosophie dans ces sociétés en temps de pandémie ? Est-elle capable d’alarmer sur cette autre catastrophe, cette fois-ci politique ? Peut-elle être le lieu d’une consolation de la pensée, d’un point de vue optimiste ? »

60. Pierre Nakoulima (Burkina Faso) : Tristes Tropiques

Le coronavirus rappelle la fragilité constitutive de l’homme. En Afrique, où l’on voit Dieu partout, il est courant d’entendre dire qu’il s’agit là d’un châtiment divin. J’ose espérer plutôt que nous entrerons après l’épidémie dans un monde nouveau où l’humain sera au coeur des préoccupations.

61. Gérard Haller : Nous qui nous apparaissons (poème)

« Et si ce qui nous revient si brutalement, si intimement, avec le coronavirus, c’était l’événement le plus ancien, le plus oublié, le plus refoulé : la mort ? Et plus urgente que jamais, maintenant que le rêve de toute-puissance qui prétendait la vaincre a conduit le monde au bord de l’abîme, la tâche de lui faire face ? De trouver les mots pour dire le souverain commun qu’elle nous donne à garder ? » En ouverture : « Vosges, 10 mai 2020″

62. Mazarine Pingeot : (1) La monadologie contemporaine : structure du monde en confinement

Il s’agit ici d’exhumer la structure qui sous-tend notre monde, révélée par le confinement. Celui-ci a radicalisé et rendu visible un fonctionnement qu’avait modélisé Leibniz dans sa Monadologie : des monades closes sur elles-mêmes et pourtant en réseau, en lien, selon un ordre qui leur est extérieur. On peut alors se demander comment retrouver le réel, et comment penser le commun, annexé par « les communautés » des réseaux.

63. Emmanuel Kant : « La remarquable et surprenante épidémie… »

Dans la presse de Königsberg, le 18 avril 1782, Kant entend montrer que la grippe pandémique qui tua cette année-là dix millions de personnes, et qui commençait alors à reculer en Allemagne, n’est pas qu’un objet de la médecine, mais aussi de la géographie, en tant qu’elle étudie la circulation des maladies due au commerce mondial.

64. G.W.F. Hegel: « De telles maladies ne sont pas seulement climatiques, mais aussi historiques »

Dans son cours de philosophie de la nature de 1830, Hegel montre que pour comprendre une épidémie, il faut articuler le fonctionnement interne de l’organisme, la totalité extérieure de la nature, la géographie et l’histoire.

65. Paul Ballanfat (Turquie) : Le virus de l’Europe

« Le virus de l’Europe – est le retour de l’Europe à elle-même, le réflexe de la projection de l’universalité aux confins du monde qui a, d’un reflux subi, confiné l’Europe dans les frontières de l’universel, vouant son corps exemplaire à l’impuissance, fantasmant une fois encore la mort, sa propre mort, comme puissance de l’universel. »

66. Zsuzsa Baross (Canada) : La vie nue : pauvreté d’un concept / Bare Life: the poverty of the concept

Pourquoi parler de « vie nue » (zoé, blosse Leben) en temps d’épidémie ? Ce ne peut être pour la critiquer ou la réévaluer, ni pour la rejeter ; mais bien plus plutôt pour retrouver, en passant par la pauvreté de ce concept, l’euremeia dont parlait Aristote : la « belle journée », qui signifie aussi la dignité du désir de vivre. Why speak of bare life (vie-nue / zoe / blosse Leben) in the time of the epidemic? Not to critique it or to revaluate it, or to reject it. But rather to recuperate, by way of the poverty of the concept, the euremeia Aristotle spoke of: the beautiful day and the dignity of the desire for life.

67. Valentin Husson : La double viralité de l’e-monde

La double viralité de l’e-monde nomme ici la manière dont la propagation du Covid-19 s’est effectuée parallèlement à celle de la viralité numérique, profitant à l’économie des Big data, à la télésurveillance, ou au traçage numérique. Ce qui se révèle là n’est rien de plus que l’essence de la globalisation entendue comme viralité.

68. Aïcha Liviana Messina (Chili) : La politique et la faim

Aïcha Liviana Messina propose une analyse des révoltes de la faim qui ont eu lieu à Santiago suite au dénuement dans lequel se sont retrouvés certains quartiers qui ont été confinés de façon subite. Elle montre comment, réduites à un cri du corps plutôt que considérées comme un langage et une action politiques, ces révoltes sont récupérées par une droite qui allie économisme et spiritualisme et « nourrissent » alors de nouvelles aspirations patriotiques.

69. Boyan Manchev (Bulgarie) : Le retour de Pan, ou panique et philosophie

« Le Léviathan de l’Actuel s’est empêtré dans la forêt de Pan : il s’est piégé lui-même dans la jungle à laquelle il a lui-même tenté de réduire le monde. Et si le Léviathan est déboussolé, c’est qu’il a été pétrifié devant l’image de son Double ; son accès de panique est la terreur devant son propre abîme. Or il existe un mode d’emploi panique de la philosophie, dont la pandémie provoque les symptômes. Le diagnostic panique est isomorphe à ce qu’il dénonce : il tend à un horizon apocalyptique, l’horizon indépassable de l’actuel ; à un confinement ontologique. Il nous faut donc un nouveau discours de la servitude volontaire. Aujourd’hui, il nous faut un nouvel optimisme ontologique. Magnus Pan mortuus non est. »

70. Magali Le Mens, Jean-Luc Nancy : Ballade aux confins (photographies, textes)

Parcours à deux voix dans Paris confiné et saisi par l’appareil de Magali Le Mens.

71. Yves Dupeux : La société capitaliste à l’épreuve du confinement

Pourquoi, demande rétrospectivement Yves Dupeux, le pouvoir capitaliste a-t-il choisi le confinement, puisqu’il place la liberté au principe de la société qu’il produit ? Le confinement ne définirait-il donc pas la forme actuelle et peut-être à venir du capitalisme, y compris dans le déconfinement engagé ?

72. Pierre-Philippe Jandin : Le temps de l’essoufflement

Une épidémie suscite une interrogation des limites de notre savoir et des conduites à adopter dans tous les domaines. Nos choix nous engagent à plus d’un titre. Le coronavirus, centré sur la destruction de la respiration, nous impose de revenir sur la grande distinction, dans notre tradition, entre le souffle comme « respiration » et/ou comme « esprit ».

73. Nicola Tams (Allemagne) : « Muette »

Une magnifique vidéo sur la solitude et l’amitié en temps d’épidémie: « Dans mon intervention je parle de l’expérience de la solitude et rends compte de mon sentiment d’être devenue muette, de ne plus savoir quoi dire après avoir vécu la crise. Je réfléchis à la question de l’amitié telle que le confinement la repose. Pour moi, aujourd’hui, un bon ami est celui qui sait prendre soin de soi et qui se retire, même si le désir de proximité s’accentue. En même temps, le droit d’avoir une « room for yourself » reste bien la principale question pour quelques-uns… »

74. Antonin Artaud : Le Théâtre et la peste »

« Le théâtre, comme la peste, est à l’image de ce carnage, de cette essentielle séparation. Il dénoue des conflits, il dégage des forces, il déclenche des possibilités, et si ces possibilités et ces forces sont noires, c’est la faute non pas de la peste ou du théâtre, mais de la vie. »

75. Jean-Luc Nancy : Toujours trop humain

Cette intervention fait le point après trois mois d’épidémie. Elle peut se visionner indépendamment mais aussi être mise en regard d » »Un autre humain virus », la première intervention sur cette chaîne de Jean-Luc Nancy. L’expérience de l’épidémie se déploie ici en cinq dimensions : l’expérience elle-même, l’autosuffisance, la bioculture, l’égalité, et finalement « le point » lui-même (dimension qui n’en est pas une) qui est « de bascule, de renverse, ou de révolution ».

76. Jérôme Lèbre : Retrouver l’espace public

Les manifestations à Hongkong, où celles qui ont eu lieu après la mort de George Floyd, montre la possibilité et la difficulté de retrouver l’espace public, à un moment où la « réinvention » officielle de la politique prend une voie institutionnelle qui n’a rien de l’invention. On invite à s’engouffrer dans l’ouverture qu’offre la transition de l’immobilité contrainte du confinement à l’immobilisation libre, à l’occupation résistante de lieux urbains voués aux flux ou aux haltes payantes des terrasses de café.

77. Maurice Blanchot, lu par Augustin Nancy: « Je suis suspect »

La peste vue de l’intérieur ou plutôt du dehors.. Extrait de Maurice Blanchot, « Le Très Haut ».

78. Albert Camus, lu par Rachel Kohler, dessins originaux de François Martin : La Peste (extrait)

« Cette souffrance étirée sur une si longue suite de jours… » Merci à Rachel Kohler, ainsi qu’à François Martin qui a fourni les dessins de cette vidéo.

79. Zsuzsa Baross (Canada) : Le titre et son travail / The Title and its Works

Activer les sous-titres: « Une brève réflexion sur le riche travail performatif du titre « Philosopher en temps d’épidémie » ouvre le plan virtuel sur lequel s’étend cette série ouverte, sans clôture finale, de réflexions hétérogènes publiées sur la chaîne. Ce plan les libèrent et les tient également ensemble dans leur disparité – comme autant d’instances de l’activité philosophique en temps d’épidémie ». « A brief reflection on the rich performative work(s) of title. « Philosopher en temps d’epidemie » opens the virtual plane on which to posit this open and open-ended series of heterogeneous reflections; it at once liberates and sets them free while at the same time also holds them together in their disparity — as instances of doing philosophy in the time of the epidemic. »

80. Philosopher en temps d’épidémie devient Philosopher au présent

Après trois mois d’existence, la chaîne « Philosopher en temps d’épidémie » change de nom pour s’ouvrir à un présent hétérogène, qui implique encore la pandémie due au coronavirus mais interdit d’en faire la cause de tout: ce qui semble nécessaire après que les manifestations contre le racisme ont été cyniquement expliquées par le stress d’une jeunesse confinée, et non en fonction de l’histoire du racisme ; car le présent n’est tel qu’en tant qu’il emporte le passé vers l’à venir, un avenir qui n’est pas celui d’une pompeuse victoire face à la maladie et à la mort mais qui doit être postracial, qui doit résister également à sa réduction aux impératifs économiques pour faire monde autrement.

81. François Warin : « Le fil du funambule »

« Le funambule, métaphore nietschéenne pour penser la situation instable et périlleuse dans laquelle la crise sanitaire nous a placés, crise qui nous a rappelés à notre fragilité et à notre finitude. Pour saluer aussi l’artiste qui pourrait rétablir l’équilibre entre des exigences contradictoires, analysées ici en quatre séries d’antinomies. »

82. Tomás Maia (Portugal) : La peur majeure – penser la quarantaine mondiale (2)

Une peur — la peur que j’appellerai ici « majeure » — est la source commune du politique et du religieux. Ou plutôt, du politique en tant que religion. A cet égard, la politique n’a pas encore commencé — et c’est bien pourquoi nous avons tout à réinventer en politique pour redonner l’espoir à la vie en commun, au com-munis inappropriable. Version française revue par Claire Nancy.

83. Jonathan Daudey : « In Memoriam » – refonder une autonomie collective

En ces temps de crises multiples (sanitaire, écologique, sociale, politique), tout le monde semble s’accorder sur la nécessité de re-penser le monde dans son « après ». Or, comment se projeter dans un avenir sans se réapproprier collectivement une mémoire, notre mémoire ? La construction démocratique de la mémoire est l’assurance de son autonomie, afin d’échapper à l’hétéronomisation progressive de la société par les États bureaucratiques. Sans doute que les conflits qui émanent ces derniers années, comme aujourd’hui, font s’affronter des historicités et des temporalités structurant la possible refonte d’une autonomie radicalement démocratique.

84. Georges Didi-Huberman, Memorandum de la Peste, lu par Hélène Nancy

Un extrait saisissant du livre avec la voix d’Hélène Nancy ; dessins d’Henri Michaux et de Cy Twombly.

à suivre…  

Autre série:

Revivre ? Après Trump.

 

 

 



Thème sélectionné:

Chaîne Philosopher au présent