Une religion est-elle indispensable au maintien d’une société ?

17 septembre 2011 §0 commentaire

Une religion est-elle indispensable au maintien d’une société ?

 

            Les sociétés absolument dépourvues de religion sont rares, voire inexistantes. En revanche, il est fréquent qu’une nation évoque sa confiance en Dieu comme ce qui la définit, la soude et la maintient.

            Il semble donc normal de supposer qu’une religion est indispensable au maintien d’une société. Elle lui offre un fond de croyance commune, qui rapproche les hommes d’une manière à la fois plus efficace et plus légitime qu’une appartenance ethnique se référant à une base biologique douteuse, ou même une appartenance territoriale sujette à changement et quelquefois à controverse. La religion, qui ouvre sur l’infini et sur ce qui dépasse l’homme, est comme le sommet de la culture sociale et politique. Mais d’un autre côté, la société devrait reposer sur les relations entre hommes, et non sur la relation de l’homme à un être transcendant. Elle devrait chercher son fondement dans sa fonction ou son fonctionnement propre, non dans une croyance commune. Et le propre des pays démocratiques est de ne pas imposer cette communauté de croyance, de laisser les gens libres de croire à ce qu’ils veulent, ou même de ne croire en rien ; et certains pays, à commencer par la France, entendent conjuguer cette liberté de croyance avec l’affirmation d’une séparation nette entre religion et politique, si bien que l’Etat ne se prononce sur aucune religion, et reste laïc. Cependant, un Etat laïc exige peut-être encore une société habité de croyances… La question se repose donc : une religion, ou la religion en sa généralité toujours plurielle, est-elle indispensable au maintien d’une société ?

 

 

I. La/ une religion est indispensable

 

A. Fonction des mythes

 

Mythes grecs : passage de dieux injustes aux dieux de la justice :

– Zeus incarne la justice. Contrairement à son père Cronos ou à son grand-père Ouranos, il instaure un ordre d’équité.

Passage de la tyrannie à la souveraineté ; rend l’ordre et la société possible.

– Thémis, déesse de l’Equité et de la Justice

– Euménides : Implacables vengeresses» (5), les Parques qui étaient filles de «Nuit» deviennent sous le règne olympien les filles de Zeus et de Thémis, «déesses des justes partages» (7).

– Dikê, veille sur la justice des hommes.

– Dionysos : se venge contre la tyrannie, Lycurgue (Thrace)

– Apollon : juste mesure

– Athêna : sagesse

 

Cf Pythagore : Thémis, justice dans le ciel, Dikê, justice sur terre, Nomos, justice pour les hommes.

 

Varron :  différence entre théologie mythique (poète) physique (philosophes) et civile (celle des peuples. La première pour le théâtre, la deuxième pour le monde, la troisième pour la ville.

Le profane et le sacré :  Mircea Eliade

Sacré : forme spécifique de l’expérience religieuse. Définit l’homo religiosus ;

– espace sacré : centré, orienté ;  L’homme religieux est au centre du monde. Corps- maison- Cosmos.

– Rôle du seuil, 28, et de l’orientation. mundus romain, espace orienté selon les quatre points cardinaux ; l’installation dans un territoire équivaut à la fondation du monde. temple, basilique, cathédrale.

‘ rôle du passage : rites d’initiation, mariages. Mort ; secondenaissance ;

– profane et désacralisation ; espace homogène, temps réversible, nature désacralisée : l’homme moderne areligieux se reconnaît comme sujet et agent de l’histoire. Mais le purement profane n’existe pas : mythes modernes (cinéma) ; tabous, fêtes. Perte du sacré serait perte de dimension humaine.

 

 

 

– Chaque cité a son dieu (Athêna – Athènes, Apollon – Delphes) : pas différence de religion mais de dieux protecteurs ;

 

– malléabilité du polythéisme : possibilité d’accepter des dieux étrangers sans remettre en cause l’unité de la religion : dieux égyptiens en Grèce, grecs dans l’empire romain…

 

– en apparence, pas de malléabilité du monothéisme, quoique : Bible, lutte Javhé / Baal, mais peut-être le même dieu puisqu’unique. Cf œcuménisme pacifique des monothéismes, trois religions pour un même Dieu / Dieu vrai des guerres de religions.

 

 

Pb de la vérité : Sacralisation/ théologie « sainte », qui tente d’échapper au mythe. Rejette autre religion dans le mythe : plus pacifique, soude mieux la société.

 

 

B. La Théologie contre le mythe – fondement en nature des lois de la communauté

 

 

Droit naturel, universel / fondation mythique, particulière, et contre justice sociale.

 

Cf Platon, République, nécessité d’un mythe rationnel et non poétique : République, II : Dieu juste, qui châtie les méchants et ne participe à aucune injustice.

Dieux fondateurs de l’ordre naturel et de l’ordre de la cité

 

Guthrie, Les Sophistes : nomos et phusis ;

Nomos : une chose à laquelle on croit, qui est tenue pour bonne ; une chose qui « nemetai », qui est répartie, distribuée, dispensée : partage.

Celui qui donne ainsi, en partageant : celui qui crée. Dieu comme créateur. Justice théologique,

lois naturelles, non-écrites, supérieures aux lois humaines, plus faibles, d’institution

-Hésiode : loi de Zeus (loi de l’univers, mesure universelle).

Celui qui enfreint ces lois n’est pas puni par les hommes mais par les dieux : justice divine ; cf Zeus et ses colères, – phénomènes naturels.

Lois naturelles, respectées par tous les peuples :

Cf Cic, De legibus, II, § 4/ la loi n’est point une invention de l’esprit humain, ni un règlement élu par les idfférents peuples, mai quelque chose d’éternel, qui gouverne le monde entier par la sagessse de ses décrets … cette loi, disaient ces sages, première et dernière tout à la fois, est l’sprit de dieu, qui sait ordonner oud défendre en toute sagesse ; de là vient que cette loi, que les dieux ont donnée au genre humain, a été si justement célébrée …

Héraclite considère que le partage est la loi qui régit l’univers: «Le Soleil n’outrepassera pas ses limites sinon les Erinyes (divinités destinales), servantes de Dikè (la justice), le dénicheront» (15).

 

 

– Cf 10 commandements ; alliance avec Moïse ; avec Dieu et entre hommes ; alliance politique :

respect de la vie, de la propriété.

 

Loi naturelle- sociale, cf cours. Lévinas, distinguer le sacré (magie, force occulte, etc.) et le saint : éthique au fondement de la société : autre.

 

Christianisme, deux lois, articulation droit divin – droit politique

Saint-Augustin : cité de Dieu

– La cité terrestre :

Cité terrestre ; pour ceux qui vivent selon lois terrestres, rien n’est plus élevé que la politique, la paix civile, le pouvoir, et finalement le bien terrestre (chair).

cité vouée à l’orgueil des hommes et à leur passions, méconnaissancedu vrai Dieu. Ceux qui ne vivent que selon elle seront voués au malheur éternel, à la seconde mort. « plus rude sera alors cette seconde mort, car nulle mort n’y pourra mettre fin » ;

Les anciens dieux protecteurs païens : ne protégeaient personne ; ils n’ont pas empêché les guerres et les défaites ; telles les deux guerres puniques (contre Carthage). En revanche, le nouveau Dieu, même représenté par les barbares envahisseurs, a été plutôt cléments envers les païens : la défaite n’est qu’un avertissement, pour les inciter à opter pour la vraie foi.

Critique interne des mythes portant sur les dieux de la mythologie :  « Il va bien s’en trouver un pour me dire : « En somme, vous y croyez à tout cela ? » Moi ? Bien sûr que non ! »

– dieux protecteurs ne protègent pas leur cité : 114 : Où étaient-ils pendant les invasions gauloises, les épidémies de peste, etc. Si la religion chrétienne avait été présente pendant les guerres puniques, on l’aurait accusée (132).

– inflations des dieux : « ceux du cru et ceux d’ailleurs, les célestes et les terrestres, les infernaux et maritimes… ». Il y a un Dieu pour chaque moment de la vie, chaque acte agricole, etc. Pouvoir morcelé et insignifiant de chaque dieu : Foule de dieux et de déesses pour le mariage, la première nuit de noces, l’accouchement. On ne peut demander à des dieux si spécialisés l’immortalité (294).

Preuve que tous les actes humains sont divinisés, les hommes se dépossédant de leur propre volonté.

L XIX : jamais il n’y eu de république romaine, car jamais elle ne fut chose du peuple ; il n’y a même pas de peuple romain. Il n’y a de peuple que chrétien, au service de Dieu. Dieu des Hébreux, devenu dieu de tous ; il y a bien une politique divine, mais qui n’a rien de politique au sens terrestre du terme.

La cité céleste

fondée par le christ, mais non sur terre, 1029.

Ps, 87 : « que de choses glorieuses ont été dites de toi, oh, cité de Dieu ! ».

« une cité doit être en effet constituée de manière à être éternelle » (1031). Salut de la cité de Dieu, obtenu par la foi.

La seule à former un peuple, CD 888 : « le peuple est le regroupement d’une multitude raisonnable, dans une communauté harmonieuse autour d’objets aimés ». Le vrai amour communautaire : amour de Dieu. Maîtrise de tous et maîtrise de soi, 889.

La maison des hommes qui ne vivent pas de la foi s’attache à trouver la paix terrestre dans les biens et les avantages de la vie temporelle, mais la maison des hommes qui vivent de la foi recherche les biens éternels promis pour l’avenir », et use de ces biens terrestres et temporels comme un étrangère ». « C’est ainsi que la cité terrestre, qui ne vit pas de la foi, désire la paisx terrestre… quant à la cité céleste, ou plutôt à la partie qui, en exil dans ce monde mortel, vit de la foi, elle use, aussi, invitablement, de cette paix. En tant qu’elle mène dans la cité terrestre une vie d’exilée, partiquement de prisonnière, mais avec déjà la promesse de rédemption, et comme un gage, le don spirituel, elle n’hésite pas à obéir aux lois de la cité terrestre qui permettent d’administrer ce qui assure la subsistance d la vie mortelle, de manière que….soit préservée la concorde entre les deux cités » ; l XIX, p. 875-876.

Cité de Dieu : comprend hommes qui vivent selon Dieu, mais La trinité et les anges, et comprendra tous les hommes sauvés.

– A propos des académiciens : « la cité de dieu refuse absolument pareil doute, comme une folie ; elle a, au sujet des objets qu’elle comprend…une conaissancesans doute restreinte, mais absoluement certaine. » (877)    Foi « sauve et sure ».

souverain bien, paix éternelle et parfaite. – On peut vivre sur terre selon Dieu : foi, Trouve la justice dans les Ecritures. La paix, « avec Dieu par la foi » 890. Lutte contre les vices/.

Ici-bas : paix comme soulagement vis-à-vis de la misère, 890

culte, CD, l X : religio, culte voué à Dieu , p. 371 ; seul sacrifice, œuvres vertueuses qui montrent communion avec principe de tout bien ; Dieu n’a pas besoin d’êtres corruptibles, puisqu’il est à l’origine de toute créature. Celui qui boit n’est pas utile à la fontaine.

 

Charia – loi politique

 

Vérité – foi – guerres de religion / accès à rationalité sociale.

 

C. La religion soude la société mais sans accéder à sa rationalité

 

La foi comme obéissance nécessaire/ compréhension de la nécessité sociale, pensée de la religion.

 

Spinoza, Traité théologico-politique, XVIII-XIV

foi légitime : celle qui obtient de la majorité des hommes, incapables de saisir la nécessité des chose, un comportement conforme à la connaissance ; elle guide un savoir pratique, que l’on peut résumer en une phrase : il faut aimer son prochain. Elle obtient ainsi par l’obéissance ce que la raison obtient par liberté. On distinguera ainsi la vraie capacité des prophètes, qui consiste à communiquer aux hommes la vraie foi par la voie de l’imagination, et la fausse autorité des superstitieux, qui tente de justifier tous leurs délires au nom des limites de la raison.

D’où l’utilité des prophètes. « croire en Dieu et le révérer reviennent à lui obéir ».

 

Rationalisation : connaissanceintellectuelle de Dieu qui n’est pas donnée à tous les croyants ; TTTP XVI : droit naturel, du désir de puissance de chaque homme à sa réalisation dans une puissance commune, politique. Transfert de la puissance individuelle à la puissance collective ;

droit divin de théocratie juive reposait sur ce pacte, décadence quand augmentation de pouvoir des prophètes politiques ; danger du régime théocratique ; il ne faut pas confondre autorité sacrée / politique ; le culte doit s’accorder avec la liberté et la paix publique ; pour liberté de pensée et de croyance/ la politique ne régit que les actions.

 

 

Transition : dualité croyance/ pensée chez Spinoza : car peu de gens accèdent à la pensée ; si diffusion de la pensée dans la société, la science ou la connaissancene peut-elle pas remplacer la religion : faire reposer la société sur compréhension de sa nécessité.

 

 

 

II Contre religion, société- connaissance

 

A. Toute religion est mythique  / rationalisation sociale

 

– Fabulation. Evhémérisme : Evhémère, philosophe grec du IV-IIIè s. av. JC. Histoire sacrée :

les hommes ont créé leurs propres dieux. Les dieux ont été des hommes, et pour les aduler les païens ont en fait des dieux. Pour des raisons essentiellement politiques.

Contre Varron, La théologie mythique ou fabuleuse est la même que la religion civile (cf Bergson : fonction fabulatrice).

– Récupéré dans lutte contre l’idôlatrie : saint-Augustin : « comme nos ancêtres erraient grandement touchant la nature de dieux, incroyants qu’ils étaient, indifférents au culte et à la divine religion, ils découvrirent l’art de fabriquer des dieux » (330) « il ‘n’y a pire situation pour un homme que d’être sous l’empire de ses propres fictions » (328). « Il est donc juste que l’homme déchoie aux yeux de qui l’a fait, quand il met au-dessus de lui des choses que lui-même a faites » (328).

– Mais l’idôlatrie ou le mythe, c’est la religion de l’autre : fond mythique de toute religion, utilité sociale qui doit laisser place à la science.

– Cf Auguste Comte

La loi des trois états (A. Comte)

« physique sociale » saisissant les lois dynamiques de l’histoire humaine[1]. Celle-ci a pour contenu les croyances humaines comme autant de modes de compréhension de la nature ; elle s’accomplit donc dans l’explication positive de la nature et des croyances.

La loi dynamique de l’histoire des croyances est la « loi des trois états[2] ». L’état théologique définit la croyance la plus naturelle, la plus spontanée : l’homme est porté, comme les animaux[3], à se projeter lui-même dans la nature : il projette ses instincts dans les corps extérieurs (c’est le fétichisme), puis ses sentiments dans des puissances naturelles (c’est le polythéisme), puis son idée spontanée d’une légalité de la nature dans un Dieu (c’est le monothéisme). Contrôlant et modifiant ainsi progressivement sa spontanéité naturelle, l’homme atteint le stade suivant, dit métaphysique : c’est l’état de la croyance naturelle qui s’ignore et croit dépasser l’animalité. Alors toute la nature devient un être abstrait, expliqué par des causes qui n’expliquent rien. La croyance en des causes abstraites, en un fondement de la nature, ou en un sujet qui fonde l’explication, n’a aucun fondement scientifique. D’où la nécessité de l’esprit positif, qui amène la seule explication de la nature et de l’homme qui croit, dans la mesure où il soumet tous les phénomènes à des lois immanentes. La boucle est bouclée : la science de nos croyances est l’une des sciences de la nature, émancipée, après elles toutes, de la présence du sujet de l’explication dans les phénomènes expliqués. En d’autres termes, l’explication n’est plus soumise à aucune croyance, même si elle dépend toujours de l’homme qui la forge.

Comte lui-même nuance cependant cette conclusion. L’esprit positif a montré que les croyances spontanées sont utiles pour l’homme : elles garantissent son être communautaire. La religion est spontanément et inconsciemment sociale, alors que l’esprit métaphysique, en s’émancipant naïvement de Dieu, dissout la société dans l’individualisme du sujet pensant : « la notion de “ nous ” n’y saurait trouver aucune place directe et distincte »[4]. Le positivisme doit alors refonder l’être social, c’est-à-dire devenir une véritable croyance populaire pour faire croire religieusement en ce « nous » qui explique toute l’évolution de l’humanité.

Durkheim et Mauss

la méthode sociologique et le fait religieux

la sociologie, étude des faits sociaux et des faits religieux soumis à des lois et donc explicables. Cf D, Les règles de la méthode sociologiques : « considérer les faits sociaux comme des choses » ; chercher « la cause déterminante d’un fait social…parmi les faits sociaux antécédents ». cf Bourdieu sur spinozisme libérateur de la sociologie. Le propre des faits sociaux est de s’imposer à nous. Extérieurs à la conscience individuelle, mais actifs. Explication des faits, devenu interprétation. Les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912, dernier grand ouvrage de Durkheim.

Méthode : se centrer sur les pratiques religieuses : culte : ensemble de conduites réglées liées à un symbolisme précis, qui met en relation l’homme et le sacré. Faits religieux universels.

– le sacré

Sacré : force collective essentielle à l’organisation sociale. « Premier critère des croyances religieuses ».

Rites  Tabou  Totémisme : Totem, définit symboliquement un clan

– la religion comme système de croyances 

il ne manque que systématisation pour parvenir à la religion.

« Une religion est un système unifié de croyances et de pratiques relatives aux choses sacrées, cad aux choses qui sont mises à part et interdites, croyances et pratiques qui unissent dans une seule communauté morale, appelée eglise, tout s ceux qui y adhèrent » ; Formes élémentaires de la vie religieuse, p. 65.

« Quand un certain nombre de choses sacrées soutiennet les unes avec les autres des rapports de coordination et de subordination, de manière à former un système d’une certaine unité, mais qui ne rentre pas lui-même dans un autre système de ce genre, l’ensemble des croyances et des rites correspondants constitue une relgion «  (formes, p. 50.).

– la religion est toujours sociale

Remarques : système, interdit… Dans la religion, la société se conçoit dans sa propre force d’unification. La religion ne peut pas être individuelle.  « les croyances religieuses sont toujours communes ». Société : « les individus qui la composent se sentent liés les uns aux autres, par cela seul qu’ils ont une foi commune ».

Pas de religion sans Eglise : communauté réglée par une confession ;

Effervescence : la force religieuse s’incarne dans un homme ou un collectif. « un dieu n’est pas seuleemnt une autorité dont nous dépendons, c’est aussi une force sur laquelle s’apupuie notre force ». A certains moments, cette force est particulièrement manifeste : croisades, révolution française.

« la religion est un phénomène essentiellement collectif dans toutes ses parties. Tout y est fait par le groupe ou sous la presion du groupe. Les croyances et les pratiques y sont par nature obligatoires (S et A p. 83).

rationalisation : les hommes se libèrent progressivement du sacré ; les forces sociales reviennent sur terre et se comprennent comme telle ; les classifications des choses deviennent spécifiques.

Opposition entre magie et technique : la magie « est toujours la technique la plus facile » ; refus des médiations objectives, soumissions aux souhaits ; ébauches de technique ; la technique s’émancipe de la magie au profit de la mécanique ;

opposition magie et lois scientifiques.

Source sociale de tous les jugements de valeur : drapeau national, etc. « simple chiffon de toile ».

 

– possibilité d’une société purement rationnelle, échappant à la mythologie ?

 

 

B. La religion est aliénante- société malheureuse

 

Marx : science contre religion ; tentative d’échapper à toute mythologie, toute mystique.

 

Mode de production, superstructure idéologique

Idéologie ; mysticisme cette logique qui permet à la croyance d’inverser la pensée : ce n’est plus un individu qui pense des faits singuliers en forgeant des idées générales, c’est l’idée qui crée tout individu, toute réalité singulière ![5] Pour expliquer l’idéologie, il faut donc avant tout expliquer qui pense la société comme un tout : et l’on découvre que c’est un groupe social déterminé qui, dominant tant l’économie que la pensée, croit et fait croire que le tout social repose sur l’harmonie (en termes modernes ou contractuels : l’égalité et la liberté)[6]. Les croyances idéologiques ne concernent pas que des idéaux politiques. Elles s’étendent jusqu’à la foi divine selon laquelle un Auteur idéal est à l’origine de toutes les idées, de la société et des hommes qui la composent. La religion, cette « conscience renversée du monde », cache le fonctionnement social, elle est « l’opium du peuple »[7]. L’idéologie a de même sa « fiction poétique », qui transforme les inégalités sociales en « mystères »[8].

Marx, Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel

382 : la critique de la religion est pour l’essentiel achevée.  Etat et société produisent la religion, conscience renversée du monde, réalisation chimérique de l’essence humaine, opium du peuple. [formule très en vogue dans le romantisme, chez Heine, et jusqu’à Freud].

misère religieuse, expression de misère humaine et protestation contre elle.

383 : tâche de l’histoire, tâche de la philosophie. «  la critique du ciel se transforme ainsi en critique de la terre, la critique de la religion en critique du droit, la critique de la théologie en critique de la politique ».

396 reconquête totale de l’homme ; prolétariat.

397 L’émancipation de l’allemand, c’est l’émancipation de l’homme.

 

 

Freud, L’Avenir d’une illusion /28.11.02

 

culture s’édifie sur la contrainte et le renoncement pulsionnel. lutte contre tendances destructives, antisociales des individus. Masses résistant à ce renoncement 8 ; meneurs

II privation, refoulement, surmoi, application à la culture. interiorisation des interdits ou oppression. satisfaction narcissique, idéaux culturels. arts ; réservés à une élite. oppression de classe.

III représentations religieuses ; état de nature, violence de la nature ; culture protège l’homme ; humanise la nature ; désaide – face à nature, et pour l’enfant. Rôle des dieux, cf père : exorciser les effrois de la nature, réconcilier avec la cruauté du destin, dédommager des souffrances et privations dues à culture : réussite que dans cette troisième tâche ; Dieu père ; culture blanche chrétienne.

IV objections et réponse ; Totem et tabou ; complexe paternel et désaide ; mère et père.

Plus Moïse et la religion monothéiste  : Moîse égyptien ; suite d’interdits et meurtre du père ; spiritualisation et culpabilité.

 

 

VI def d’une illusion ; se fonde sur le désir

VII il y a un plus grand danger pour la culture à maintenir son rapport présent à la religion qu’à le défaire 36 ; vacarme psychanalytique ; religion et moralité ; religion et science ; la masse est en train de sortir de son illusion. Lectorat.

VIII commandement ; admettre origine purement humaine des dispositifs culturels ; rôle du père et élimination ; la religion serait la névrose de contrainte universelle de l’humanité, 44

IX contraste entre l’intelligence radieuse de l’enfant et la faiblesse de pensée de l’homme moyen : atrophie due en partie à éducation religieuse ; faire la tentative d’une éducation irreligieuse ; les consolations religieuses sont des narcotiques. A-t-on besoin de l’illusion pour supporter la réalité (Nietzsche) ; celui qui ne souffre pas de névrose n’a pas besoin de narcotique ; éducation à la réalité ; cultiver son jardin ; compter sur intelligence pour rendre possible la vie.

X évaluation intelligence/religion ; l’humanité surmontera la phase névrotique infantile de la religion ; un des rares points où l’on peut être optimiste sur l’avenir de l’humanité ; Dieu logos ; la science n’est pas une illusion ; progresse sans bouleversement. Voir préface sur logos/eros.

 

 

 

C. Prendre le risque du désenchantement

 

 

– acquis des Lumières : lutte contre la religion et la théocratie. Cf Voltaire, « écraser l’infâme » ; Barthes sur Voltaire : facilité, certitude bourgeoise. Avec ses enchantements et sa mythologie.

 

 

Ethique sociale et religion : Weber

 

– Grande question de Weber : pourquoi l’Occident est-il parvenu à une forme particulièrement cohérente et efficace de rationalité sociale ? Pourquoi ses valeurs ont-elles une signification universelle, ou une exigence d’universalité ? cf EP, avant-propos.

Méthode : ne pas considérer comme Marx que les idées n’ont de sens qu’une fois ramenées à des conditions matérielles d’existence.

Religion : distribution d’un certain type de biens, les biens de salut. Pas forcément au-delà : santé, longue vie, richesse..cf judaïsme, bouddhisme. Hiérocratie : distinction entre ceux qui se consacrent entièrement aux biens de salut et les autres ; l’efficacité de la religion dépend de l’extension de sa proposition de biens de salut dans une société donnée.

Différents types d’autorité, différents types de croyance en la légitimité ; explique la volonté d’obéir.

-autorité traditionnelle : s’appuie sur le caractère sacré du quotidien : Chine, Inde.

– autorité charismatique : caractère sacré de l’extra-quotidien. Qualités personnelles exceptionnelles. Bouddhisme, judaïsme antique.

– autorité légale-rationnelle : critère formel de la domination ; cf Kelsen ; attachement impersonnel à un devoir de fonction.

Bien distinguer légitimité et légalité.

réponse globale : c’est le développement du protestantisme qui a permis le plein développement du capitalisme, et le type de rationalisation sociale qui l’accompagne.

– la notion de Beruf : vocation intérieure et devoir ; intériorisation de la loi religieuse.

– L’ascèse : œuvrer pour se tranquilliser sur l’assurance de son salut (certitudo salutis). Accroître sur terre la gloire de Dieu, ou plutôt faire partie de ceux qui l’accroissent.

But : maximisation du profit ; calcul, rationalité, constance. Comptabilité rationnelle, et non recherche guerrière du profit. Refus de la jouissance. EP 44-45

Le désir du gain (cupidité) est universel et ne caractérise pas le capitalisme ; c’est la rationalisation de ce désir qui est capitaliste. Le protestantisme a débarrassé ce désir de ses inhibitions antérieures.

– la définition des sectes : groupe de « virtuoses » religieux ; différent de l’Eglise, qui régit une croyance de masse. Le rattachement à une secte est volontaire. Aux Etats-Unis, il faut se rattacher à une secte : to what church do you belong ? Le « vous pouvez me croire », « vous pouvez me faire confiance », lié à cette appartenance. Patient chez le médecin. L’Eglise repose sur la coercition, et la secte sur le conditionnement : permet de s’affirmer socialement dans le cercle de ses semblables ; en France, pas de sectes, mais des cercles

–          Eglise, monopole de la contrainte psychique légitime (Etat : monopole de la contrainte physique légitime) ;  dispensation ou refus des biens de salut ; pouvoir hiérocratique.  Cherche à obtenir un charisme d’institution ; tire parti de la quotidianisation du charisme.

–          La secte, groupe charismatique, s’oppose aux groupes traditionnels, telle la famille : « je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive ».

 

– désenchantement : absence de toute magie dans la religion protestante. A « tordu le cou à la magie ». Cf religion juive ; il faut un charisme sans magie. Un des modes de la quotidianisation du charisme. Ce désenchantement est la base spirituelle de la rationalisation de la société. EP 117 ; 134-135

–          Privilégie la domination légale-rationnelle. La normalisation de la société

–          Capitalisme lui-même s’émancipe de son fondement religieux ; pétrification (Versteinerung) par le mécanisme. Terme hégélien.

–            « L’économie capitaliste d’aujourd’hui est un prodigieux cosmos à l’intérieur duquel les individus naissent, et qui est pour eux, en tant qu’individus, donné comme un ensemble qui eixte en fait, qui est immuable, et où ils ont à vivre ».

Contre communautarisme, pluralité de religions – de sectes / nécessité des codes rationnels.

croyance en la légitimité, en la raison ; possibilité d’une société rationnelle et désenchantée. Mais de fait, le désenchantement n’en finit pas de s’accorder avec le cynisme de l’utilisation des religions / survie du mythe, des croyances, fondation de l’Etat sur la religion.  Comment expliquer résurgence du religieux ? sa résurrection ?

 

 

III. La part du spirituel et la liberté de croyance

 

A. L’exigence du droit : la séparation de la religion et de la politique

 

– Cf droit naturel : refus du fondement théocratique de l’Etat. Séparation radicale, Rousseau. L’homme est « bon par nature » ; volonté générale, peuple ; souveraineté du peuple, et non de Dieu.

– droits de l’homme : liberté de croyance / obéissance à la loi

nécessité de libérer la sphère de la croyance ; deux possibilités

 

– pluralité de croyances dans un même Etat.

Etat soutenant la liberté de culte, la diversité religieuse ; soutien aux communautarismes. Allemagne, E.U. ;

Hegel : conscience politique, se reconnaît dans l’universalité de la loi, de l’Etat ; mais l’identité avec l’universel : intériorisée dans la conscience religieuse : chacun a besoin de croire, sphère privée.  « la religion est, pour la conscience de soi, la base de la vie éthique et de l’Etat » .

Chaque sujet de chaque peuple se représente sa propre volonté sous la forme à la fois subjective et objective d’un Dieu, maître de la nature et des hommes . Cette unité subjective de l’Etat et de la religion ne peut être contournée par aucune théorie de la souveraineté : celui qui s’en tient à la nécessité objective de la politique ne fera que nier violemment la conscience que les sujets de l’Etat ont d’eux-mêmes. Mais si Dieu est « la plus haute autorité qui soit donné à la représentation » , il ne faut pourtant pas penser (comme les Eglises qui entendent garder une part de souveraineté au nom de la religion révélée ou comme les fanatiques – K. L. von Haller par exemple – qui entendent justifier toute violence au nom de la nature et de Dieu) que la représentation soit la forme la plus haute de donation (§ 270 rem).

sur terre, sous la forme de la communauté spirituelle des croyants.

 

– Etat laïque

héritage catholique de la laïcité : cf deux lois, rendre à César ce qui est à César ; deux cités chez Saint-Augustin.

Séparation de l’Eglise et de l’Etat, pas supplémentaire par rapport aux droits de l’homme ; particularité française :

solution hybride de Sarkozy : inspiration américaine, cf sectes ;

 

 

B. Le danger des faits : sacralisation de la société, religiosité du souverain

 

– le mythe communautaire habite toute société

 

Mythe- religion – politique. Dédoublement de la même structure.

 

Levi-strauss : pas de critique du mythe.

Le mythe est une totalité, mais située à la limite de la croyance : il se présente comme un récit transmissible, donc comme ce qu’il est : « le mythe reste mythe aussi longtemps qu’il est perçu comme tel »[9]. C’est pourquoi il peut être l’équivalent de la raison elle-même : chez Platon, le mythe peut se suppléer au raisonnement, ou même combattre le faux raisonnement du sophiste[10]. Le mythe est donc une fiction qui ne cherche pas à faire croire, mais à dire le vrai sous une autre forme, et c’est ainsi qu’il se transmet : « Ecoute donc, comme on dit, une fort belle histoire… »[11]. Dans sa transmission même, il exprime sa valeur collective. Toujours fondateur, il explique par la fiction la communauté qui le raconte. Cette explication n’est pas mimétique : on n’y accède pas tant que l’on cherche un équivalent réel, individuel ou social, de ses éléments, héros ou animaux. Il faut s’élever au niveau de sa totalité, de sa structure, pour découvrir que le mythe correspond à la structure de la société : il la fait perdurer tout en intégrant les événements qui la modifient[12].

Situé à la limite de la croyance, le mythe est également à la limite du nous. Comme totalité, comme structure, il ne dépend pas de telle ou telle culture, mais se trouve dans un ensemble qui s’étend jusqu’à l’humanité[13] : l’humanité se fait croire en quelques mythes, comprenant le même héros boîteux, le même serpent, etc.

 

 

Dédoublement mythologique : Barthes, Mythologies (1957)

AP 70 Critique idéologique sur le langage de la culture dite de masse ; démontage sémiologique du langage » ; sémiologie – sémioclastie.

AP mythes de la vie quotidienne française, 54-56 ; « mon actualité » ; réalité historique ; le mythe est un langage ; insistance, répétition 675 ; « je réclame de vivre pleinement la condition de mon temps, qui peut faire d’un sarcasme la condition de la vérité » 676 ;

 

 

– Mais danger du mythe : mythe politique.  On peut alors se demander, avec J.-L. Nancy, si le plus grand mythe ne serait pas justement celui de l’humanité elle-même, définie comme cette totalité qui se forge en s’imaginant elle-même comme un tout. La capacité à se réaliser en s’imaginant, l’auto-fiction auto-fondatrice de l’humanité « mythante »[14] est la croyance à la fois la plus efficace et la plus dangereuse : que l’on pense au mythe nazi. Il devient donc raisonnable, rationnel, de ne pas croire à l’œuvre de l’humanité, et de suspecter même l’humanité à l’œuvre. « nous sommes tous des mythants » Nancy et LL, Le mythe nazi

 

 

– La reliogisité habite toute souveraineté

 

L’Etat remplace la religion, vérité

– Tendance de la justice céleste à s’institutionnaliser, à juger sur terre. L’Eglise n’est pas simplement spirituelle, mais se dote de ses propres institutions : la papauté, les évèques, etc. Et elle se dote aussi de ses propres tribunaux : l’inquisition ; La justice religieuse ne juge que dans le domaine spirituel : hérétiques, sorcières, etc. Mais cependant, s’allie à l’Etat pour punir ; glaive. Cf passion du Christ, alliance des autorités juives et de l’empire romain ; son équivalent purement chrétien : le procès de Jeanne d’Arc : condamnée pour des motifs politiques. Cf Spinoza ; L’inquisition, le signe même de l’injustice de l’Eglise, utilisant son pouvoir religieux à d’autres fins. Cf Voltaire, Zadig et Candide.

– Tendance de la justice politique à se donner une justification religieuse : l’empire romain devient empire chrétien germanique (Constantin) Par la suite, monarchies chrétiennes : le roi tient son pouvoir politique de Dieu mais se trouve soumis au pouvoir spirituel du Pape. Cf France, fille aînée de l’Eglise. Repris par J. Chirac : la France, fille aînée de l’Europe !

– Monde faussement ordonné ; Conflit  entre  le pape et le roi : sur le terrain politique ; cf Machiavel, le Pape, chef de l’Etat du Vatican, se bat comme les autres, a son armée, ses stratégies machiavéliques !

 

L’Héritage théologique de la notion de souveraineté

– Souveraineté fondée sur Dieu : toute puissante, juste, etc. La souveraineté garde une base théologique. Bodin : le roi est « tenu de faire justice par obligation divine et naturelle ».

Cf Hobbes : souverain, Dieu sur terre. Sécularisation de souveraineté religieuse, lui garde son aspect religieux. Les jugements de l’Etat comme jugements divins, chef d’Etat comme Dieu personnel.

Cf Rousseau : la souveraineté doit « imiter les décrets immuables de la divinité » ; la souveraineté ne peut errer : ce qu’elle dit est la vérité même. Culte de l’être suprême.

K Schmitt : Théologie politique : Souveraineté comme toute puissance de la justice : souveraineté, transposition politique de la théologie.

 

 

C. Pour une critique constante du mythe communautaire et de la souveraineté

 

 

– Critique de la communauté identique à celle de la souveraineté ; pas de différence mythe –religion – politique

cf Nietzsche, culture, domestication de l’homme dans GN : inversion des valeurs, dans la communauté ce sont les faibles qui dominent les forts ; loi judaïque puis chrétienne ; création d’un animal grégaire, « être doc iled, maladif, médicore, l’européen d’aujourd’hui » ; PDBM , 62, religions souveraines : «  ne semble-t-il pas qu’une seule volonté a régné sur l’Europe depuis deix-huit siècles, et que cette volonté était de transofrmer l’homme en un avorton sublime » création de l’Etat,

GN : l, 11 :  « le sens de toute culture est d’extraire de l’hoiome-fauve un animal approivoisé et civilisé, un animal domestique en somme ». PBM 259 : « reconnaître à la volonté d’autrui azutant de droits qu’à la sienne », « principe de toute société », « négation de la vie, principe de dissocultion ert de déchéance ;

grand mensonge de l’Etat. L’Etat comme monstre du mensonge.

Zarathoustra, des grands événements : « l’Eglise, c’est une manière d’Etat » ; Za au chien de feu : « l’etat est comme toi un chien hypocrite ; comme toi il prodigue les hurlements et la fumée, afin de faire croire, comme toi, que sa voix sort des entrailles même des choses » ;

Critique de la « Vérité ». Pour un autre « nous », une autre conception de la communauté, à venir. « individu souverain » de GN, agissant selon sa volonté propre, « l’homme qui peut promettre » ; se définit par sa puissance sur soi-même ; possibilité d’un autre nous » : communauté impossible, attente.

 

 

Difficulté : « peut-on être athée aujourd’hui », « l’instinct religieux connaît un vigoureux essor », BM 53 ;

 

– contre fondement mythique de l’autorité ; Derrida, la bête et le souverain, et sur Benjamin :

II Prénom de Benjamin

Zur Kritik der Gewalt; violence fondatrice / conservatrice du droit 69s; crise du modèle européen 76; déconstruction ne s’applique pas, expérience du texte 78; distinction entre violence instauratrice / conservatrice, violence mythique / destructrice, justice comme divine et puissance comme mythique. Critique et droit naturel/ droit positif 80 ; benjamin, droit positif, historicité du droit 82 ; conservation du droit 82s ; grève 84 ; violence fondatrice – révolutionnaire 86 ; deux grèves générales, remplacer l’Etat par un autre ou supprimer l’Etat, les deux tentations de la déconstruction 92 ; les deux violences s’enveloppent 93 ; il n’y a de violence que conservatrice 94 ; déconstruction, pensée de la contamination différentielle 94 ; droit de grève et droit de la guerre 95 ; instant révolutionnaire, décision exceptionnelle 98 ; droit menaçant et menacé 100 ; violence divine – destructrice du droit, conservatrice, cf peine de mort / violence mythique qui fonde le droit 100 ;    violence destructrice – conservatrice, peine de mort, police, 103, mais itérabilité, conservation fonction de la fondation, répétition, spectre de la violence policière 104-108, dictature 109 ; démocratie, dégénérescence du droit, oubli de violence fondatrice, parlementarisme comme violence conservatrice / démocratie à venir 110-111 ; non-violence de la sphère privée 116 ; langage 119, retour fondateur au langage – non-médiation, violence fondatrice 121 ; violence mythique fondatrice grecque / violence divine juive 122s ; révolutionnaire, inaccessible à l’homme 130 ;

justice au-delà du droit, indécidable 131 ; déconstruction grecque – juive 129s ; déconstruction plurielle 129-130 ; adieu à Benjamin 130 ; finalement contre violence mythique fondatrice et conservatrice au profit de violence divine ; la souveraine 135.

 

– Nancy : la commuauté désoeuvrée

Contre tout mythe communautaire : contre fusion avec la totalité, l’infini, source du mythe ; la finitude comparaît, être avec singulier pluriel, non totalisable ; désoeuvrement ; interruption du mythe, ; la communauté désoeuvrée est celle qui résiste à son penchant mythique ; être commun, communauté interrompue. Mythe interrompu.

« Nous ne nous succédons pas à nous-mêmes dans la pure continuité d’un processus substantiel, ni individuel ni collectif, mais nous apparaissons comme nous, dans l’hétérogénéité de la communauté, qui est l’histoire »[15].

« Une condition commune s’expose, dénudée, et nous expose à elle. Nous comparaissons devant elle. Cela n’est pas plus post que pré. Mais c’est le présent qui nous est fait »[16].

Précédée par la liberté et l’égalité, la fraternité (et non par quelque suppression de l’inégalité, quelque meurtre du père) ce dernier terme souvent oublié politiquement, est le terme limite de la politique, celui qui lui donne sens.

« La fraternité (…) n’est pas le rapport de ceux qu’unit une même famille, mais de ceux dont le Père, ou la substance commune, a disparu, les livrant à leur liberté et à l’égalité de leur liberté »[17].

La fraternité implique alors une veille constante du partage égal des libertés, fondée sur l’éveil immédiat de chaque singulier à la liberté. En clair, c’est l’éloge de la mêlée[18].

« Nous comparaissons devant notre banalité, devant l’absence d’exception qu’on a sans doute trop vite baptisée « humaine » – et commune, « commune » : non pas faite d’une substance unique, mais au contraire d’un manque de substance qui partage essentiellement le manque d’essence »[19].

« On communique, c’est-à-dire d’abord on est en commun ou on comparaît dans le retrait du sens communiqué et du sens de la communication » [20]

elle-même en elle-même :

 

« Le mythe contient nécessairement le pacte qui est celui de sa propre reconnaissance » [21]. Mieux vaut donc constater (ce sont les premiers mots de La pensée finie) que « le sens est désormais la chose du monde la moins partagée ».

Conclusion – justice et résistance

 

Conclusion

 

Il nous faut finalement soutenir d’une manière absolue la liberté individuelle de croire. C’est grâce à elle que les individus communiquent, qu’ils croient ou non la même chose. C’est grâce à elle qu’ils découvrent l’irréductibilité d’une singularité à une autre – car ils ne croient jamais tout à fait la même chose. Cependant une croyance religieuse ne peut ni ne doit tenter de fonder une communauté libre et juste, c’est-à-dire prête à libérer cette communication et laisse ex-ister les différences entre les individus ; il n’y a de juste communauté qu’inachevée, désoeuvrée, interrompue, se refusant à toute fusion mythique ou souveraine.  Cette justice ne peut se réaliser vraiment, elle est toujours à venir ; car la société n’est jamais assez plurielle, et l’Etat jamais assez laïc.

 

 

 



[1] Comte, Cours de philosophie positive, 48ème Leçon.

[2] Id., Discours sur l’esprit positif, § 2 sq ; Cours, 52ème Leçon et suivantes.

[3] Ibid.

[4] Id., Discours, § 55, Vrin, Paris, 1995, p. 181.

[5] Cf. Marx Critique du droit politique hégélien, in Œuvres III, Gallimard (Pléiade), Paris, 1982, pp. 874sq.

[6] Id. (avec Engels), L’Idéologie allemande, éd. cit., p. 1081.

[7] Id., Pour une critique de la philosophie du droit de Hegel, trad. M. Rubel, éd. cit. p.382 et p. 383.

[8] Id. (avec Engels), La sainte Famille, éd. cit., p. 482.

[9] Claude Levi-Strauss, Anthropologie structurale, p. 249.

[10] Cf. Platon, Gorgias, 527e.

[11] Ibid., 522e. cf Mircéa Eliade, Le Sacré et le profane, sur la vérité absolue du mythe.

[12] Claude Levi-Strauss, op. cit., XI et La pensée sauvage, V.

[13] Id., Anthropologie structurale, p. 237.

[14] J-L. Nancy, La Communauté désœuvrée, Christian Bourgois, Paris, 1986 (1999) p. 115 et p. 129.

[15] Id., La Communauté désoeuvrée, p. 212.

[16] Id., La Comparution, p. 50 ; cf.  également La communauté désoeuvrée, p. 15 et p. 20, et Etre singulier pluriel, Paris, Galilée, 1996, p. 61.

[17] Id., L’expérience de la liberté, p. 97.

[18] Cf. in Etre singulier pluriel, « l’éloge de la mêlée » et « démesure humaine ».

[19] Id., La comparution, p. 54. Cf. La communauté désoeuvrée, p. 87.

[20] Id., L’expérience de la liberté, p. 196.

[21] Cf. id., La communauté désoeuvrée, p. 128.

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